Mardi 4 juillet 2006
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16:13
Premier point de vue
Ca faisait quatre jours que ces ordures de schmolluks argentés me traquaient sans relâche. J'avais à peine pu prendre quelques minutes de repos couché dans une ravine remplie de ronces, éclairé par la faible lueur de la lune. Mais je ne pouvais pas rester plus longtemps, il me fallait progresser. Quatre jours sans dormir, à survivre chichement sur les vermines qui me passaient entre les pattes. Quelques asticots qui dansaient gaiement pour célébrer les pluis de juin, et un ou deux criquets bien juteux. Mais pas de quoi satisfaire mon appétit. "Je mangerais bien un p'tit chat" répétait mon estomac. Je n'avais cependant pas le temps de faire une pause gastronomique, il me fallait continuer.
Alors que j'avais pu passer toute cette dernière journée à l'abris des regards sous un tapis de mauvaises herbes, j'arrivai bientôt à un parapet. Devant, une route. Il me faudrait traverser vite, pour ne pas être surpris à découvert. Je me hissais avec mes pattes antérieures et me fis lentement glisser le long du mur. Tout à coup,une forme surgit à ma droite. Elle parut d'abord aussi surprise que moi. Puis elle se figea. Elle poussa un long hululement entre le dindon et le bruit d'une cocote-minute avant d'aller fouiller pour prendre quelque chose dans sa poche. Le gros animal sortit ce qui ressemblait diablement à un accélérateur de phlogiston. Mes réflexes furent prompts. Je lui jetai un regard perçant qui le déstabilisa, puis roulai rapidement le long du parapet, traversai en quelques foulées la route et sautai sur le mur suivant pour disparaître de nouveau dans les ronces, sans pouvoir résister à la tentation de narguer le gros animal.
Je me cachai dans la pénombre et le regardai s'éloigner. Je le suivis et le vis bientôt rentrer dans sa grosse hutte. Voilà peut-être une occasion de me remplir la panse, me dis-je...
Second point de vue
Alors que je remontai tranquillement le chemin d'une petite rue de Yokohama afin d'aller rendre un film au Tsutaya, voici qu'apparaît une ombre sur un mur adjacent. "Encore un chat", me dis-je. Après tout ils pullulent ici. Et l'expérience m'a appris à ne pas trop m'intéresser à eux de près, les félins locaux ayant une fâcheuse mauvaise habitude de mordre et de griffer, de préférence après vous avoir piqué votre portefeuille. Cependant, quelque chose m'interpella. C'était quand même gros pour être un chat. Et drôlement agile pour un chien. La chose se déplaçait comme un furet, mais un furet domestiqué par un bodybuilder monomaniaque qui nourrit ses animaux domestiques avec des anabolisants. L'animal pesait bien vingt kilogs de muscles. Il se figea. Je me figeai. Il me transperça du regard, avec un air pensif qui me laissait la désagréable impression qu'il était en train d'essayer de juger s'il avait des chances de m'attrapper et de me bouffer. Je fouillai dans ma poche pour attrapper mon keitai pour faire une photo, pour le blog, pour vous, oui, vous, qu'est ce que je ferai pas pour quelques koudos. J'essayai de l'apprivoiser en lui criant des "petit, petit". Il ne parut pas convaincu et fila comme une fusée avant que j'ai eu l'opportunité de prendre une photo. Dommage, vraiment dommage, me dis-je. Ce n'est pas tous les jours qu'on voit un vrai Tanuki. Je n'étais même pas sûr que ces bestiaux existaient vraiment, et je ne me serais jamais douté qu'ils vivaient dans les villes. Cela n'avait pas l'air plus malicieux que ça, encore que j'aurais juré que, juste avant de disparaître sous les ronces, les tanuki m'a fait un bras d'honneur.
Ca faisait quatre jours que ces ordures de schmolluks argentés me traquaient sans relâche. J'avais à peine pu prendre quelques minutes de repos couché dans une ravine remplie de ronces, éclairé par la faible lueur de la lune. Mais je ne pouvais pas rester plus longtemps, il me fallait progresser. Quatre jours sans dormir, à survivre chichement sur les vermines qui me passaient entre les pattes. Quelques asticots qui dansaient gaiement pour célébrer les pluis de juin, et un ou deux criquets bien juteux. Mais pas de quoi satisfaire mon appétit. "Je mangerais bien un p'tit chat" répétait mon estomac. Je n'avais cependant pas le temps de faire une pause gastronomique, il me fallait continuer.
Alors que j'avais pu passer toute cette dernière journée à l'abris des regards sous un tapis de mauvaises herbes, j'arrivai bientôt à un parapet. Devant, une route. Il me faudrait traverser vite, pour ne pas être surpris à découvert. Je me hissais avec mes pattes antérieures et me fis lentement glisser le long du mur. Tout à coup,une forme surgit à ma droite. Elle parut d'abord aussi surprise que moi. Puis elle se figea. Elle poussa un long hululement entre le dindon et le bruit d'une cocote-minute avant d'aller fouiller pour prendre quelque chose dans sa poche. Le gros animal sortit ce qui ressemblait diablement à un accélérateur de phlogiston. Mes réflexes furent prompts. Je lui jetai un regard perçant qui le déstabilisa, puis roulai rapidement le long du parapet, traversai en quelques foulées la route et sautai sur le mur suivant pour disparaître de nouveau dans les ronces, sans pouvoir résister à la tentation de narguer le gros animal.
Je me cachai dans la pénombre et le regardai s'éloigner. Je le suivis et le vis bientôt rentrer dans sa grosse hutte. Voilà peut-être une occasion de me remplir la panse, me dis-je...
Second point de vue
Alors que je remontai tranquillement le chemin d'une petite rue de Yokohama afin d'aller rendre un film au Tsutaya, voici qu'apparaît une ombre sur un mur adjacent. "Encore un chat", me dis-je. Après tout ils pullulent ici. Et l'expérience m'a appris à ne pas trop m'intéresser à eux de près, les félins locaux ayant une fâcheuse mauvaise habitude de mordre et de griffer, de préférence après vous avoir piqué votre portefeuille. Cependant, quelque chose m'interpella. C'était quand même gros pour être un chat. Et drôlement agile pour un chien. La chose se déplaçait comme un furet, mais un furet domestiqué par un bodybuilder monomaniaque qui nourrit ses animaux domestiques avec des anabolisants. L'animal pesait bien vingt kilogs de muscles. Il se figea. Je me figeai. Il me transperça du regard, avec un air pensif qui me laissait la désagréable impression qu'il était en train d'essayer de juger s'il avait des chances de m'attrapper et de me bouffer. Je fouillai dans ma poche pour attrapper mon keitai pour faire une photo, pour le blog, pour vous, oui, vous, qu'est ce que je ferai pas pour quelques koudos. J'essayai de l'apprivoiser en lui criant des "petit, petit". Il ne parut pas convaincu et fila comme une fusée avant que j'ai eu l'opportunité de prendre une photo. Dommage, vraiment dommage, me dis-je. Ce n'est pas tous les jours qu'on voit un vrai Tanuki. Je n'étais même pas sûr que ces bestiaux existaient vraiment, et je ne me serais jamais douté qu'ils vivaient dans les villes. Cela n'avait pas l'air plus malicieux que ça, encore que j'aurais juré que, juste avant de disparaître sous les ronces, les tanuki m'a fait un bras d'honneur.
Mais, un Tanuki, kesaco?
Vous entends-je dire. Et bien c'est un animal mythique Japonais, une sorte de cousin mutant du raton-laveur et du blaireau. Mythique, enfin c'est ce que je croyais jusqu'à ce soir. Dans les histoires qu'on raconte aux enfants, le Tanuki joue des tours aux Humains et peut même se transformer pour duper les naïfs. Ca pourrait expliquer les relations houleuses que j'entretiens avec la vendeuse de la superette du coin, celle avec le pelage brun tâcheté.
Plus classiquement, on trouve des statues de Tanuki très souvent devant des petits magasins et restaurants. En voilà un exemple, pris en flagrant délit devant une petite échoppe de quartier.
Notez le petit imper, parce que c'est la saison des pluies. Non. Je vous vois venir. N'essayez pas. J'ai moi-même arrêté de me surprendre devant les habitudes étranges des gérants des restaurants qui changent les vêtements de morceaux de bois peints, afin de les adapter à la saison. Donc voilà un tanuki, vous pouvez remarquer son petit air taquin, mais vous ne pouvez pas voir sa grosse bedaine sympathique.
Quoiqu'il en soit, ceux qui suivent doivent se demander quelque chose de l'ordre de "mais pourquoi mettre des statues d'animal malicieux devant un restaurant?". Si j'étais sarcastique et mauvaise langue, je dirais que ce n'est pas vraiment de plus mauvais goût que d'accrocher dans les hopitaux des sculptures d'un gars agraffé à des planches de bois avec quatre clous. Mais bien sûr je ne suis pas comme ça. En fait, il y a une explication. Une vraie explication, qui vous satisfaira vraiment, pas une de ces explications qui vous ferait hausser les épaules et vous dire que la barrière culturelle est inranchissable.
Voilà, simple, c'est lié à leur écriture et aux jeux de mots qu'ils aiment faire avec les kanjis. Il existe un kanji pour l'animal, le tanuki. C'est le suivant: 狸. Or, en jouant avec d'autres kanjis et leur prononciation, on pourrait aussi écrire cela: 他抜き. Cela se lit bien phonétiquement "tanuki". Mais le sens devient alors "qui surpasse les autres" ou, mieux dit "le meilleur". Voilà, mettre un tanuki devant son échoppe, cela revient à dire que son petit magasin/restaurant/vendeur de poissons faisandés est le meilleur dans sa catégorie.
Oui, je sais. C'est à se demander s'ils n'ont rien de mieux à faire de leur journée que d'inventer des jeux de mots idiots. Il y en a d'autres, avec par exemple la grenouille, ce qui se dit Kaeru, qui est un porte-bonheur en voyage et permet de s'assurer un bon retour, sachant que le verbe "revenir" en Japonais se dit "kaeru".
Cela peut paraître assez pathétique, mais c'est aussi relativement intéressant car c'est quelque chose qui nous est assez étranger. Une grande partie de l'humour nippon est basé sur les nombreux homonymes et les différentes façons possibles de les écrire en kanjis, permettant parfois des transcriptions cocasses. C'est quelque chose d'assez absons pour nous autres illétrés qui avons fait l'étrange choix d'écrire toutes nos mots avec seulement vingt-six caractères différents et ainsi de permettre à un enfant de six ans de lire tous les livres écrits dans sa langue sans avoir à attendre dix ans afin d'assimiler les deux milles caractères nécessaires à un journal classique, sans parler des articles scientifiques. Comme nous sommes bizarres!
Mais je vais vous laisser là, j'ai entendu qu'on grattait à ma porte
Vous entends-je dire. Et bien c'est un animal mythique Japonais, une sorte de cousin mutant du raton-laveur et du blaireau. Mythique, enfin c'est ce que je croyais jusqu'à ce soir. Dans les histoires qu'on raconte aux enfants, le Tanuki joue des tours aux Humains et peut même se transformer pour duper les naïfs. Ca pourrait expliquer les relations houleuses que j'entretiens avec la vendeuse de la superette du coin, celle avec le pelage brun tâcheté.
Plus classiquement, on trouve des statues de Tanuki très souvent devant des petits magasins et restaurants. En voilà un exemple, pris en flagrant délit devant une petite échoppe de quartier.
Notez le petit imper, parce que c'est la saison des pluies. Non. Je vous vois venir. N'essayez pas. J'ai moi-même arrêté de me surprendre devant les habitudes étranges des gérants des restaurants qui changent les vêtements de morceaux de bois peints, afin de les adapter à la saison. Donc voilà un tanuki, vous pouvez remarquer son petit air taquin, mais vous ne pouvez pas voir sa grosse bedaine sympathique.
Quoiqu'il en soit, ceux qui suivent doivent se demander quelque chose de l'ordre de "mais pourquoi mettre des statues d'animal malicieux devant un restaurant?". Si j'étais sarcastique et mauvaise langue, je dirais que ce n'est pas vraiment de plus mauvais goût que d'accrocher dans les hopitaux des sculptures d'un gars agraffé à des planches de bois avec quatre clous. Mais bien sûr je ne suis pas comme ça. En fait, il y a une explication. Une vraie explication, qui vous satisfaira vraiment, pas une de ces explications qui vous ferait hausser les épaules et vous dire que la barrière culturelle est inranchissable.
Voilà, simple, c'est lié à leur écriture et aux jeux de mots qu'ils aiment faire avec les kanjis. Il existe un kanji pour l'animal, le tanuki. C'est le suivant: 狸. Or, en jouant avec d'autres kanjis et leur prononciation, on pourrait aussi écrire cela: 他抜き. Cela se lit bien phonétiquement "tanuki". Mais le sens devient alors "qui surpasse les autres" ou, mieux dit "le meilleur". Voilà, mettre un tanuki devant son échoppe, cela revient à dire que son petit magasin/restaurant/vendeur de poissons faisandés est le meilleur dans sa catégorie.
Oui, je sais. C'est à se demander s'ils n'ont rien de mieux à faire de leur journée que d'inventer des jeux de mots idiots. Il y en a d'autres, avec par exemple la grenouille, ce qui se dit Kaeru, qui est un porte-bonheur en voyage et permet de s'assurer un bon retour, sachant que le verbe "revenir" en Japonais se dit "kaeru".
Cela peut paraître assez pathétique, mais c'est aussi relativement intéressant car c'est quelque chose qui nous est assez étranger. Une grande partie de l'humour nippon est basé sur les nombreux homonymes et les différentes façons possibles de les écrire en kanjis, permettant parfois des transcriptions cocasses. C'est quelque chose d'assez absons pour nous autres illétrés qui avons fait l'étrange choix d'écrire toutes nos mots avec seulement vingt-six caractères différents et ainsi de permettre à un enfant de six ans de lire tous les livres écrits dans sa langue sans avoir à attendre dix ans afin d'assimiler les deux milles caractères nécessaires à un journal classique, sans parler des articles scientifiques. Comme nous sommes bizarres!
Mais je vais vous laisser là, j'ai entendu qu'on grattait à ma porte
De tous les quidams qui arpentent le parc de Ueno, au nord est de Tokyo, et qui passent devant le musée Zoologique et sa statue géante de baleine, quel est le pourcentage qui pensent "

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