Trainspotting

Jeudi 25 mai 2006 4 25 /05 /2006 13:25
Après maintenant quelques années au Japon, j'ai commencé à m'habituer. Je ne vois plus tous ces néons crus. Je ne remarque plus les maquillages lourds et les tenues aguicheuses de la jeunesse Shibuyesque. Je commence même à apprécier leur télévision. On pourrait légitimement s'inquiéter de l'état de ma santé mentale. Mais il ne faut pas sous-estimer les Nippons, ils réussissent quand même à encore me surprendre.


Pour preuve, la photo suivante:


Pardonnez la piètre qualité de l'image. Je l'ai prise en désequilibre dans le train, en essayant de faire vite, afin de ne pas trop inquiéter mes voisins soupçonneux, le tout avec mon fidèle keitai. Pas les conditions optimales. Pour compenser, je me sens obligé de décrire rapidement la chose.


Un tube rosâtre dans lequel plusieurs boules aux contours peu définis semblent se mouvoir. Au début de ce tube, des petites boules aux angles aigûs et sévères. Heureusement une petite marmotte veille au grain. Elle arrose la vilaine petite boule épineuse qui devient donc toute molle. Elle continue sa trajectoire à un rythme léger jusqu'à un rétrecissement de la voie. Heureusement, voilà une autre petite marmotte qui veille au grain et va modeler la boule arrosée par l'autre marmotte susmentionnée. La petite boule bien pétrie glisse lentement et tranquillement vers la sortie. C'est à dire l'anus. Car pour le lecteur mal réveillé, il s'agit là d'une représentation schématique d'un intestin. Mes cours des biologie sont loin, je ne saurais désigner à coup sûr l'intestin grêle du gros intestin. Cependant, une petite voix insidieuse murmure à mon oreille que je pourrais parier que les marmottes n'ont rien à voir avec la digestion humaine.


A 3h20 d'un jeudi matin, dans un bureau d'une des hautes tours de Shinjuku, un créatif publicitaire planche sur son projet. Vendre un produit simple, efficace mais pourtant indispensable dans une société un peu "anal retentive" comme diraient les anglo-saxons. Un laxatif. Appelé Colac. Quelques crayons cassés sur sa table, des feuilles par terre. Sur la table derrière lui, une dizaine de boissons énergétiques et une bouteille de vodka, où seul un fond reste. Il ne se souvient plus de la dernière fois où il a dormi. Il se souvient juste du regard de son patron lorsqu'il s'est vu confier ce projet. Il casse un autre crayon, s'affale sur le sofa couleur aluminium derrière lui. La fatigue. Il tend la main avec paresse vers le petit miroir sur la table. Il inspire un grand coup. L'énergie revient. Il s'emballe.


C'est la dernière chose dont il se souvient. Il se réveille le lendemain, habillé en pingouin, dans un café irlandais de roppongi. Le mal de crâne. Il rentre chez lui par le train, annihilé par la douleur dans ses tempes, ne faisant même pas attention à la petite vieille dont il écrase les pieds avec ses palmes. La porte de chez lui est entrouverte. Les murs sont couverts de dessins étranges faits avec ses pastels. L'auteur, apparemment à court de crayon à un moment a fini le mur de la cuisine avec du vernis à ongle.  Il fait un café, en poussant un long soupir. Une bonne pastille d'aspirine. Il se pose sur son tabouret. Masse ses tempes. Et ses yeux viennent tomber sur le dessin sur la table. Il repousse la plaque violette de chocolat posée à côté et étale le dessin sur la table pour mieux le voir.


Il n'ose imaginer dans quel puits obscur de fantastique perversion il est allé puiser ça. Des résurgences de sources souterraines, des courants trop obscurs et obscènes pour être montrés explicitement à la conscience. Mais, manifestement, ça a bouilloné sévère. Sur le dessin, un étrange schéma d'intestin où des milliers de petites marmottes massent des petites crottes pour les rendre toute douces et faciliter leur acheminement vers l'extérieur. Une sorte de fantasme obscur, anal et zoophile, une ronde obscène. C'est génial. Il rajoute des petites couleurs roses. Une photo de marmotte. Et hop, voilà un projet bouclé.


Et voilà comment on se retrouve avec des publicités bizarres dans le métro. Cependant, je dois reconnaître que j'aime beaucoup cette publicité. Elle est d'abord suffisamment bizarre pour être attirante. Mais elle est aussi esthétiquement réussie. On y voit en effet une uniformité des couleurs, et non pas ce vomis baroque et épileptique des habituelles publicités. Très joli. Pas de quoi cependant en prendre une photo, semblaient penser mes copassagers.


Oh, petit addendum. Ce ne sont pas des marmottes, il semblerait. Ce serait des loutres. Ce qui se dit "rakko" en japonais. Quel transformation phonétique morbide a bouilloné hors des neurones saturés des créatifs de Shinjuku pour faire l'association entre rakko et Colac? Et faut il voir un rapport avec Colique? Cela restera malheureusement un mystère. Et pourquoi j'étais si manfiestement persuadé avoir à faire à des marmottes?
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Mercredi 3 mai 2006 3 03 /05 /2006 14:48
Vous voilà donc au Japon pour la première fois. Les néons éblouissent un peu, tout le monde autour de vous est asiatique, vous n'avez encore rien vu qui vous semble spécialement comestible, mais les gens semblent charmants, vous avez un précieux guide du pays et avez établi un plan précis de tout ce que vous voir, et comment vous y rendre. Le précieux Railway Pass en poche, vous vous dîtes que tout va se dérouler parfaitement, que rien ne saurait nuire au plaisir que vous allez ressentir à visiter le pays. Aucune inquiétude. Le regard étrange que vous a lancé le contrôleur sur le quai ne vous a pas arrêté. Vous n'avez pas prêté attention au rire sec et froid qu'a lancé le conducteur du train en vous voyant vous engouffrer dans les entrailles du shinkansen.


Détrompez vous.
Tout cela n'est que le début.
Alors que vous prennez place à côté d'un papy qui mange son bento, que le sas du train se referme, vous ne vous doutez pas dans quel piège vous vous êtes fourré.


Je vais m'attarder sur un seul cas, clinique et paradigmatique de l'enfer des obstacles qui vont parsemer tout votre parcours. Vous allez croiser cet obstacle après avoir fini le thé froid que vous aurez acheté au vendeur itinérant des trains. Première erreur. Une première gorgée vous fait pondérer l'envie de boire contre la révolte de votre langue trempée dans ce breuvage. La soif prend le dessus, vous vous pincez le nez et ingurgitez le breuvage fétide. Quelques minutes plus tard, votre corps vous fait comprendre que tout cela c'est bien gentil, mais qu'exceptionnellement il a raccourci le parcours digestif et qu'il serait temps d'évacuer ce truc radioactif par les voies naturelles. Vous vous dirigez entre deux wagons pour trouver les toilettes. Et là vous êtes confronté à un choix. La pilule bleue ou la pilule rouge. Toilettes traditionnelles Nipponnes, où il faut être sorti du cirque de Pékin pour ne pas se retrouver à patauger dans la fosse, ou alors... ça:




Oh des toilettes verticales tout ce qu'il y a des plus honnête! Merveilleux!


Et c'est comme ça qu'une multiude de gaijins se sont enfoncés directement la tête la première vers le pays des merveilles.
En effet, c'était un faux choix.
Mais vous allez comprendre le machiavélisme de la chose au fur et à mesure. Comme un bon film d'horreur, le cauchermar se dévoile petit à petit, par petites touches, par des petits détails qui clochent et qui transforment un environnement familier en chaos dégoulinant.


Vous rentez donc dans le petit compartiment des toilettes, puis vous retournez pour fermer la serrure. Premier élement. Il n'y a pas de serrure. Pas grave, vous dîtes vous, de toute façon, les gens qui attendent peuvent voir que quelqu'un est dedans, avec cette petite fenêtre pratique. Deuxième élément inquiétant. Que fait cette petite fenêtre absolument pas opaque là, donnant directement sur le couloir principal? Peut-être pour pouvoir contrôler que tout va bien et que personne ne s'est évanoui la tête dans la cuvette. Vous ravalez votre envie d'intimité.


Alors que l'inconscient archaïque commence à tiquer, le cerveau de l'homo sapiens s'ennivre de rationalisation. On est en plein déni.


On se met donc face à la bête, on commence à se laisser aller mais, soudaintement, l'horreur prend tout sa dimension, elle vousa saute à la gorge. Les mots ne sauraient transcrire cela. Je vous enjoins donc à faire ce petit exercice pratique:


Exercice pratique
Munissez vous d'un ballon de basket et d'une planche de bois solide. Prennez un petit pot en verre, du type pot de confiture Bonne Maman. Le goût importe peu. Allez dans votre salon où la famille est réunie. Si vous vivez seul, allumez la télé. Posez le ballon de basket au sol. Posez le pot de confiture une trentaine de centimères plus loin. Posez la planche sur le ballon. Débraguettez. Montez sur la planche et là, en équilibre, avec le monde pour témoins, pissez acrobatiquement dans le pot de confiture. Le mot clé est acrobatiquement.

C'est donc à peu de choses près la sensation devant le pissoir du shinkansen. Il faut savoir que, contrairement à nos tgv nationaux, le shinkansen tremble et ballote sans complexes. En outre, ce que vous ne pouvez pas voir sur la photo, c'est que le sens dela marche est ici latéral. On n'urine pas face ou contre les accélérations. On fait cela en traversal. Bien sûr le train ballote au maximum lorsqu'un gaijin est entré dans le piège numéro 1. La fermeture de la porte est signalée au contrôleur du train qui met alors en marche le système de vibrations du train. Après une très longue minute à lutter contre les accélérations et à mettre à mal son sens de l'équilibre, on referme la braguette, essuie un peu le pantalon et sort en titubant des toilettes. Vous surprennez un des contrôleurs qui cache précipitamment dans son sac une caméra vidéo hitachi. Vous êtes trempé, humilié, vous sentez le poids du monde et le regard dégoûté des autres voyageurs. Et vous n'arrivez pas à décider de ce qui est le pire: la sensation moite et sale du pantalon ou le fait que le contrôleur du train va se faire 10.000 yens au Video Gag local avec vos exploits à vous.


Vous vous enfoncez dans le fauteuil, fermez les yeux et priez pour que la fin du voyage arrive vite.


Mais tout cela ne fait malheureusement que commencer...
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Jeudi 3 novembre 2005 4 03 /11 /2005 00:00


Toutes les toilettes ne sont pas des merveilles technologiques. Il y a aussi ces choses là au Japon. Le specimen ici visible sur la photo n'a rien à envier aux toilettes glauques des métros d'Europe. Un sol immonde, une eau marronâtre qui croupit dans la fosse, une chassse d'eau cassée. Il reste un petit quelque chose qui contribue fortement à l'ambiance qui n'est pas transmis sur la photo, ce sont les odeurs. Ce fumet inimitable, entre la sueur humaine, l'urine et les rats. Et je vous passe l'entrée des toilettes avec ses flaques qui n'inspirent pas confiance, les mégots écrasés et le lavabo qui ne marche pas. Exactement comme dans nos métros Français. Petit moment de nostalgie.


Même en cas de crise d'urgence majeure, je ne m'aventurerais pas à faire des acrobaties sur les deux plateaux. C'est un coup au mieux à se casser quelque chose et au pire à attrapper une de ces maladies tropicales transmises par les grenouilles écarlâtes. Préférez le macdo du coin qui sera sûrement pourvu en toilettes bioniques au petit bouiboui tenu par le petit vieux en tablier couvert d'huile de vidange!
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