Lundi 21 novembre 2005
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Bon, c'est vrai j'ai un peu menti dans l'article précédent. Le Japonais est facile... si on se limite au domaine de la conversation courante. C'est maintenant l'heure de parler de la Nemesis de l'étudiant en Japonais: l'écriture. Mais, finalement, l'Ecriture aussi est facile... si on se limite aux alphabets phonétiques.
Allez, petit crash course dans les systèmes d'écriture utilisés au Japon:
romaji: nos bons vieux caractères romans, simples, 26 lettres. On est en territoire connu.
hiragana: premier alphabet phonétique, utilisé pour la grammaire mais aussi pour retranscrire des mots dont les kanjis sont trop compliqués.
katakana: un autre alphabet phonétique, utilisé pour retranscrire les mots étrangers ou pour mettre de l'emphase sur un mot.
kanji: dessins bizzares, tordus, produits d'une imagination malade pour torturer des générations d'enfants à l'école. Ces dessins ésotériques aux angles impossibles permettent de transcrire la plupart des mots, en plus d'ouvrir les portes des dimensions de Yog-Sothoth si inscrits sur les étranges pierres levées de Shibuya.
Donc voila la veritable abomination hurlante et baveuse, le chaos aveugle! Les kanjis.
Mais pourquoi sont ils aussi méchants?
Et bien pour comprendre cela, remontons le sablier du temps à contre courant. Jusqu'aux années 650 environ. C'est à cette période que les Japonais ont importé de Chine leur système d'écriture. Bien qu'il y ait une controverse pour savoir si il y avait des systèmes d'écriture anterieurs, le fait que le système des kanjis a été adopté pour de bon au pays du sushi. Mais cela n'a été que le début des en-excrémetisations. Il se trouve que le système d'écriture Chinois permet de retranscrire du sens, et non pas des sons comme nos alphabets européens. En partant un peu dans les termes techniques, on retranscrit des morphèmes avec des kanjis. Pour faire un parallèle avec notre langue, prennons un mot simple. "acteur". Dans ce mot, il y a deux parties signifiantes, deux morphèmes: "act" et "eur". Les Chinois pourraient par exemple représenter ce mot avec le kanji du théâtre et le kanji de l'homme. Il n'est donc pas tout à fait exact de dire qu'un kanji représente un mot.
Une fois qu'on comprend cela, il faut aussi prendre en compte que les Chinois, peuple pragmatique, ont créé un alphabet adapté à leur langue à eux. Ils auraient pu créer un alphabet adapté au Finlanadais, au Hongrois ou au Basque, mais comme ils n'avaient pas de traducteurs sous la main à l'epoque, ils se sont contentés du Chinois. Donc c'est le premier point important: les jolis petits dessins des Chinois représentent les morphèmes de la langue Chinoise (il y a des variations, il y a plein de dialectes, mais ils sont quand même plus ou moins de la même famille de langues).
Le second point important: le Japonais et le Chinois n'ont aucun rapport. Aucun. None. Kein. Le Japonais est aussi proche du Chinois que l'Occitan du Maya. Je pense que vous commencez à voir poindre un petit probleme. Et c'est le bruit du frémissement des ailes du papillon.
Quelques exemples tordus. Prennons un morphème Japonais. Par exemple "entendre/écouter". Ca se dit "kiku". Jusque là, rien de bien terrible. Sauf que là où il y a un morphème Japonais, il y en a plusieurs en Chinois! On utilisera pas le meme kanji dans les deux phrases suivantes: "j'entends ma mère m'appeler pour venir manger des sushis!" et "j'écoute la plainte du shamisen". C'est pareil pour "hayai". Cela veut dire "vite" mais aussi "tôt". Ce qui en Chinois, comme en Francais, représente deux morphèmes. Donc il y a deux kanjis différents pour ecrire "hayai" suivant ce qu'on veut dire. Certains diront que c'est finalement pas si mal, on y gagne en précision à l'écrit. Certes. Mais ça, c'était la partie sympathique des kanjis.
Passons maintenant au cyclone.
Les Japonais ont voulu retranscrire leurs mots avec les signes Chinois. Mais parfois, ils se sont dits que ce serait pas plus mal d'emprunter un mot directement aux Chinois, c'est bien pratique. Même s'ils avaient l'équivalent dans leur langue. Soit dit en passant, les Japonais continuent de le faire. Ils utiliseront aussi souvent les noms des couleurs en Anglais qu'en Japonais. Mais revenons-en à notre mot en Chinois. Il sera donc écrit en kanji et prononcé à la Chinoise. Et il y a de fortes chances que les kanjis de ce mot se retrouvent deja dans d'autres mots Japonais écrits en kanjis. De là, on en arriveà des kanjis qui n'ont pas une seule prononciation (comme c'est le cas en Chinois) mais deux, quatre voire bien plus! Donc non seulement on doit apprendre ces petits dessins tordus pour chaque morphème et ses homonymes, mais on doit aussi apprendre toutes les pronociations derivées et savoir dans quel contexte elles s'utilisent. Ajoutez à cela qu'il faut maitriser environ 2000 kanjis pour lire un livre, vous comprendrez la HAINE profonde que peut ressentir un gaijin qui n'a pas que ca à faire, qui a un boulot, une femme, des activites annexes, une vie quoi!
Cependant.
Car il y a un cependant.
Tout n'est pas gris.
Pour les étudiants en Japonais, ne vous cassez pas la tête à apprendre à écrire en Japonais. Savoir lire est suffisant. Avec les ordinateurs et les keitais, il suffit maintenant de savoir reconnaître le kanji approprié. D'ailleurs, avec la propagation des ordinateurs et la disparition de l'écriture manuscrite, les Japonais eux-mêmes perdent leur écriture. Mettez leur un crayon dans les mains et ils hésiteront. C'est pourquoi revient régulièrement le débat pour abolir l'obscénité rampante des kanjis et les remplacer par des romajis corrects et propres sur eux.
Les abolir, ce serait peut-être aller loin. Après tout, dans mes bons jours, je leur trouve un côté esthétiquement plaisant. Mais il faut l'avouer, ils ne sont pas pratiques et demandent un temps considerable d'apprentissage, ils reclaments leur tribut en doigts crispés et yeux plein de larme.
Pour ceux qui s'y refusent ou n'ont tout simplement pas le temps, je ne peux que recommander ce site qui continue de me sauver la vie tous les jours avec les mails au bureau: http://www.csse.monash.edu.au/~jwb/wwwjdic.html
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