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Mardi 23 octobre 2007 2 23 /10 /2007 16:02
EnglishIgnoble-copie-1.JPG
Cette fabuleuse photo, envoyée par JP, constitue l'apothéose du viol systématique des langues étrangères au Japon. Alors qu'on est bombardés de pubs dans le métro ou de paquets de mouchoirs qui vantent les mérites de telle ou telle école pour apprendre l'qnglais, on peut se retrouver nez a nez avec un camion comme ca, au detour d'une ruelle.


Alors que l'inscription Japonais dit simplement, brièvement et efficacement "CATV Under Construction", la traduction proposée par l'entreprise est "CATV Unndarundercostruction". Là ça tient du vice. Pour faire quelque chose comme ca, il faut en avoir la volonté, avoir été battu par son prof d'Anglais avec son accent so British et sa mine pincée, avoir envie de prendre sa revanche et de pisser sur tous les dictionnaires qui passent. C'est une vengeance glaciale qui a émergé des trippes sauvages d'un individu prêt à tout. Nous voilà officiellement face à un cas flagrant de terrorisme intellectuel. Notez qu'ils ont dû lutter pour trouver une police et une taille qui permette de faire rentrer toutes les lettres et que cela reste un tant soit peu visible. Bon, que quelqu'un oublie un N, ou fasse une faute de frappe et que ca passe inaperçu, je peux concevoir. Mais ça? L'imprimeur ne s'est pas posé de question en voyant CA? Il est en fait probable qu'il s'en soit posé. "Mais ma foi, c'est la commande du client, ce serait impoli de corriger."


C'est la première explication.


La seconde explication fait appel à deux personnes. Le jeune apprenti bilingue et motivé et le vieux patron sévère, illétré et alcoolique. Alors qu'on leur demande de traduire l'affiche en Japonais, le jeune apprenti ouvre la bouche pour donner la réponse quand il se fait couper par son senpai. La machoire ankylosée par la bouteille de Sake engloutie le matin, il titube en avant et articule péniblement. "Unnnnn.... Undaaaar.... Undddddddddd... Costruuuu.... Concushiiiioooon... Cooooooo... Coooo" avant de s'effondrer lamentablement. Le secretaire qui a noté toute cela conscienscieusement est prêt pour les championnats du monde de poker, il n'a pas contracté un seul muscle du visage. "J'ai noté "unndarundercostruction", c'est cela?". Et le jeune apprenti, désabusé mais pas au point de contredire son senpai ou pire, de lui faire perdre la face, acquiesce et repond d'une voix faible "c'est ca".



Quelle que soit la véritable histoire derrière ce panneau, c'est tellement obscène que cela pourrait figurer dans un musee. C'est de la beauté pure, de l'art abstrait. Merci JP pour ce magnifique specimen.
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Dimanche 18 juin 2006 7 18 /06 /2006 15:57
Aujourd'hui, j'ai gâché un dimanche de toute façon pluvieux pour aller passer le BJT (Business Japanese Proficiency Test, ne cherchez pas où est passé le P dans l'acronyme. Et puis ça serait très difficile de prononcer "BJPT". C'est d'ailleurs déjà assez dur de dire "BJT" sans postilloner abondamment). Je pense pouvoir dire sans trop m'avancer que j'aurai une note basse. Ne pouvant pas compter sur le baratin de langue courante ni sur la bonne vieille poudre de perlinpinpin, je me suis fait avoir comme un bleu. Parce que voilà. Le BJT vous fout à poil, pendu par les pieds, avec un chiffon dans la bouche qu'on emplit d'eau (technique copyrightée par le Pentagone et romantiquement appelée "Waterboarding", mais je digresse). Pas moyen de réchapper à l'oeil inquisiteur de cette épreuve. Elle démasque les magouilleurs et les met en face de leurs failles.


Voilà, le Japonais poli, c'est pas ma spécialité.


Et pourtant, avec quelques poignées de poudre dorée, deux lapins dans un chapeau et un foulard rouge, je fais illusion. Je vais vous dévoiler un des tours les plus pratiques pour simuler une maîtrise des arcanes obscures du Japonais poli. Cette technique se nomme:


(roulements de tambours)


lala la Schtroumpf (la la)


(cymbales)


Mais soyons plus précis. De quoi parle-je donc? Je parle de tous ces moments où on se trouve devant l'abîme, lorsqu'on décroche le téléphone et qu'un client Japonais nous sort une phrase magique et laisse un blanc qui vous suggère qu'il vous faudrait incanter la réponse appropriée, quand un autre vous tend sa carte de visite, effectue une courbette à angle parfait, marmonne quelque chose et ensuite vous lance un regard inquisiteur, attendant la réponse procédurielle, parfaite. Vous êtes debout sur la corde raide, le vent vous balance. Il faut progresser. Mais comment? Il ne faut pas se faire d'illusion. Si vous ne dîtes rien, ce sera même pire que si vous vous trompiez de formule. Vous serez disqualifié d'entrée, vous serez vu comme un de ces gaijins arrogants et parfaitement impolis qu'on amadoue avec un grand sourire avant de les asseoir à côté de la fenêtre, entre le géranium et le bonzaï. Et ça vous le ne voulez pas.


Non!


En quoi consiste donc cette technique au nom obscur?


Simple. Contextualisons.
Voilà une liste non exhaustive des formules magiques qui doivent être employées proprement suivant la situation: otsukaresama desu (qu'est ce qu'on travaille comme des malades, ouh lala!), ohayou gozaimasu (bon matin), yoroshiku onegai itashimasu (je compte sur vous, petit furoncle purulent incapable de faire quoi que ce soit par lui même que je suis), itsumo osewa ni natte orimasu (vous me tendez toujours votre main dorée et immaculée pour me sortir de la fange indicible dans la quelle je patauge allègrement du soir au matin et vice-versa).


Est ce que vous voyez un pattern, comme disent les Anglais? Oui, comme vous avez pu vous en rendre compte, toutes ces phrases finissent toutes par un "masu" (sauf peut-être otsukaresama desu, mais ce ne sera pas vraiment utilisé avec un client, donc on peut le passer à la trappe). Pour faire simple, la forme en "masu" est un marqueur de la forme polie. Vous savez donc qu'à chaque fois qu'un petit client sec vous regardera derrière ses gros sourcils, avec un long silence, c'est qu'il attend une phrase qui se finira par "masu", équivalent large de "quelle que soit la situation, soyez assuré que je vous lèche les chaussettes entre les orteils".


Mais quel "masu" utiliser? Facile. Le "lala la Schtroumpf (lala) masu". En effet une oreille attentive saura détecter une entourloupe. Mais prononcez la phrase sans ouvrir la bouche, en vous râclant la gorge, et ça évoquera la formule adéquate, énoncée avec pudeur et certes un accent de gaijin d'un de ces étranges pays perdus quelque part dans les Carpates. Notez les deux dernier "lala" qui sont entre parenthèse, parce qu'optionnels. Leur utilisation dépend de votre fantaisie et de la souplesse de votre langue. Je me contente personnellement d'un plus général et plus simple "lala la Schtroumpf masu" qui passe toujours et satisfait le vieux client, surtout au téléphone quand on est dans le train. Voilà en effet une démonstration de vraie maîtrise de la langue: on ne s'embarasse plus à s'appliquer péniblement pour prononcer chaque syllabe. Non, on viole allègrement les consonnes, on saccage les voyelles, le tout la bouche fermée, et avec une décontraction des épaules légèrement arrogante qui souligne une politique de la terre brûlée. En langage moyen-âgeux, on appelle ça du brigandage.


Voilà un de mes tours secrets, je vous conseille de l'enrober d'un peu de fantaisie, afin d'attirer le regard ailleurs, par exemple une carte professionnelle réflechissante ou alors une cravate néon. Avec cela, il vous sera aisé d'emberlificoter les neurones du client le plus guindé.


Mais pas un test du BJT, qui est de toute façon un QCM à l'écrit et dont aucune des choix ne proposait "lala la Schtroump (lala)".





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Lundi 21 novembre 2005 1 21 /11 /2005 08:31

Bon, c'est vrai j'ai un peu menti dans l'article précédent. Le Japonais est facile... si on se limite au domaine de la conversation courante. C'est maintenant l'heure de parler de la Nemesis de l'étudiant en Japonais: l'écriture. Mais, finalement, l'Ecriture aussi est facile... si on se limite aux alphabets phonétiques.

 

Allez, petit crash course dans les systèmes d'écriture utilisés au Japon:
romaji: nos bons vieux caractères romans, simples, 26 lettres. On est en territoire connu.
hiragana: premier alphabet phonétique, utilisé pour la grammaire mais aussi pour retranscrire des mots dont les kanjis sont trop compliqués.
katakana: un autre alphabet phonétique, utilisé pour retranscrire les mots étrangers ou pour mettre de l'emphase sur un mot.
kanji: dessins bizzares, tordus, produits d'une imagination malade pour torturer des générations d'enfants à l'école. Ces dessins ésotériques aux angles impossibles permettent de transcrire la plupart des mots, en plus d'ouvrir les portes des dimensions de Yog-Sothoth si inscrits sur les étranges pierres levées de Shibuya.

 

Donc voila la veritable abomination hurlante et baveuse, le chaos aveugle! Les kanjis.

 

Mais pourquoi sont ils aussi méchants?

 

Et bien pour comprendre cela, remontons le sablier du temps à contre courant. Jusqu'aux années 650 environ. C'est à cette période que les Japonais ont importé de Chine leur système d'écriture. Bien qu'il y ait une controverse pour savoir si il y avait des systèmes d'écriture anterieurs, le fait que le système des kanjis a été adopté pour de bon au pays du sushi. Mais cela n'a été que le début des en-excrémetisations. Il se trouve que le système d'écriture Chinois permet de retranscrire du sens, et non pas des sons comme nos alphabets européens. En partant un peu dans les termes techniques, on retranscrit des morphèmes avec des kanjis. Pour faire un parallèle avec notre langue, prennons un mot simple. "acteur". Dans ce mot, il y a deux parties signifiantes, deux morphèmes: "act" et "eur". Les Chinois pourraient par exemple représenter ce mot avec le kanji du théâtre et le kanji de l'homme. Il n'est donc pas tout à fait exact de dire qu'un kanji représente un mot.

 

Une fois qu'on comprend cela, il faut aussi prendre en compte que les Chinois, peuple pragmatique, ont créé un alphabet adapté à leur langue à eux. Ils auraient pu créer un alphabet adapté au Finlanadais, au Hongrois ou au Basque, mais comme ils n'avaient pas de traducteurs sous la main à l'epoque, ils se sont contentés du Chinois. Donc c'est le premier point important: les jolis petits dessins des Chinois représentent les morphèmes de la langue Chinoise (il y a des variations, il y a plein de dialectes, mais ils sont quand même plus ou moins de la même famille de langues).

 

Le second point important: le Japonais et le Chinois n'ont aucun rapport. Aucun. None. Kein. Le Japonais est aussi proche du Chinois que l'Occitan du Maya. Je pense que vous commencez à voir poindre un petit probleme. Et c'est le bruit du frémissement des ailes du papillon.

 

Quelques exemples tordus. Prennons un morphème Japonais. Par exemple "entendre/écouter". Ca se dit "kiku". Jusque là, rien de bien terrible. Sauf que là où il y a un morphème Japonais, il y en a plusieurs en Chinois! On utilisera pas le meme kanji dans les deux phrases suivantes: "j'entends ma mère m'appeler pour venir manger des sushis!" et "j'écoute la plainte du shamisen". C'est pareil pour "hayai". Cela veut dire "vite" mais aussi "tôt". Ce qui en Chinois, comme en Francais, représente deux morphèmes. Donc il y a deux kanjis différents pour ecrire "hayai" suivant ce qu'on veut dire. Certains diront que c'est finalement pas si mal, on y gagne en précision à l'écrit. Certes. Mais ça, c'était la partie sympathique des kanjis.


Passons maintenant au cyclone.


Les Japonais ont voulu retranscrire leurs mots avec les signes Chinois. Mais parfois, ils se sont dits que ce serait pas plus mal d'emprunter un mot directement aux Chinois, c'est bien pratique. Même s'ils avaient l'équivalent dans leur langue. Soit dit en passant, les Japonais continuent de le faire. Ils utiliseront aussi souvent les noms des couleurs en Anglais qu'en Japonais. Mais revenons-en à notre mot en Chinois. Il sera donc écrit en kanji et prononcé à la Chinoise. Et il y a de fortes chances que les kanjis de ce mot se retrouvent deja dans d'autres mots Japonais écrits en kanjis. De là, on en arriveà des kanjis qui n'ont pas une seule prononciation (comme c'est le cas en Chinois) mais deux, quatre voire bien plus! Donc non seulement on doit apprendre ces petits dessins tordus pour chaque morphème et ses homonymes, mais on doit aussi apprendre toutes les pronociations derivées et savoir dans quel contexte elles s'utilisent. Ajoutez à cela qu'il faut maitriser environ 2000 kanjis pour lire un livre, vous comprendrez la HAINE profonde que peut ressentir un gaijin qui n'a pas que ca à faire, qui a un boulot, une femme, des activites annexes, une vie quoi!

 

Cependant.

 

Car il y a un cependant.
Tout n'est pas gris.

 

Pour les étudiants en Japonais, ne vous cassez pas la tête à apprendre à écrire en Japonais. Savoir lire est suffisant. Avec les ordinateurs et les keitais, il suffit maintenant de savoir reconnaître le kanji approprié. D'ailleurs, avec la propagation des ordinateurs et la disparition de l'écriture manuscrite, les Japonais eux-mêmes perdent leur écriture. Mettez leur un crayon dans les mains et ils hésiteront. C'est pourquoi revient régulièrement le débat pour abolir l'obscénité rampante des kanjis et les remplacer par des romajis corrects et propres sur eux.

 

Les abolir, ce serait peut-être aller loin. Après tout, dans mes bons jours, je leur trouve un côté esthétiquement plaisant. Mais il faut l'avouer, ils ne sont pas pratiques et demandent un temps considerable d'apprentissage, ils reclaments leur tribut en doigts crispés et yeux plein de larme.

 

Pour ceux qui s'y refusent ou n'ont tout simplement pas le temps, je ne peux que recommander ce site qui continue de me sauver la vie tous les jours avec les mails au bureau: http://www.csse.monash.edu.au/~jwb/wwwjdic.html

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