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Mercredi 27 décembre 2006
Voilà, enfin. C'est quand même pas trop tôt. J'ai enfin investi dans une Mug. "Investi". Pour être plus honnête, je l'ai eue gratuitement. Mais cela ne l'empêche pas d'être une Mug de très haute qualité. Design étudié, couleur sobre mais élégante et tout cela en acier inoxydable.

"C'est juste une tasse à café" me diront certains.

Naïfs! Une Mug n'est pas "juste une tasse à café". La Mug est l'accessoire obligé de l'entreprise. La Mug est un signe extérieur d'affirmation, ce qui est d'autant plus vrai dans un environnement morose et uniforme, avec tenue imposée. La Mug est le média d'expression de sa personnalité, de son humour ironique ou de son goût raffiné. C'est un peu le l'équivalent d'un T-shirt Jim Jarmush dans une population emo. Les gens vous jugeront sur la seule chose sur laquelle ils auront prise: votre Mug. Des carrières ont été cassées pour des raisons aussi insignifiantes qu'une Mug de mauvais goût qu'un ami vous a rapporté de ses vacances sur la côte d'azur. Choississez bien.

Donc me voilà avec une nouvelle Mug. Mais autant lier l'utile à l'agréable, j'ai pris la décision de l'inaugurer en bonne et due forme. Avec du café. Je ne suis pas spécialement porté sur le café mais il me semblerait que ma Mug racée et élégante irait mal avec une verveine menthe. C'est fou, les stéréotypes.

Je m'en vais donc à la machine à café, ou plus exactement la petite machine qui réchauffe l'eau. Je suis sûr qu'il y a un terme technique précis pour ce genre d'appareil mais il m'échappe pour l'instant.

Donc la machine à chauffer l'eau. Simple, descriptif.

En arrivant devant le lieu du crime, la musique de 2001 Odyssée de l'Espace retentit dans les couloirs gris. Voici donc ce qui se dresse devant moi:


A première vue, un artefact d'origine extraterrestre, une sorte de présent d'une intelligence supérieure qui contient la réponse à la question ultime de l'univers.

A seconde vue, après quelques recherches effectuées auprès de mes collègues, c'est bien la machine qui augmente la température de l'eau (TM). La méprise est compréhensible.

J'avoue être resté circonspect. Je balance entre l'envie de bidouiller l'animal et la peur d'activer le système de mise à feu.

Faisant preuve de mon ardeur enthousiaste légendaire, je mets ma Mug chérie au dessous de ce qui semble être l'orifice d'où devrait couler l'eau puis inspecte les boutons. Tout cela ne paraît pas évident. Mais trois boutons, l'un d'eux doit bien commander la décharge du liquide suscité. Je presse donc le premier, en haut à gauche. Il faut savoir être méthodique. Là, rien. Ou plutôt si. Une petite loupiote s'est déplacée.

N'étant pas sûr que ce soit un bon signe, je fais un pas en arrière. Rien.

Frustré, j'appuie sur le second bouton. Toujours rien. Mais c'est classique. C'est la troisième loi de la Thermodynamique qui fait que c'est toujours dans la dernière boîte qu'on trouve l'atome qu'on cherchait. Donc je presse le troisième bouton avec confiance.

Et là...

Rien.

Frustration.
Je me sens comme un chimpanzé devant un tableau de bord de boeing.

J'en profite pour préciser que cette remarque n'est absolument pas discriminatoire envers nos amis primates qui pourraient me lire. Il est de notoriété publique que si vous mettez un million de chimpanzés dans un bungalow, avec une réserve suffisante de bananes et un zest généreux de patience, ils vous livrent l'intégrale des oeuvres de Shakespeare. Saupoudrez les bananes de gingembre et vous aurez l'intégrale des S.A.S, c'est une question de goût.

Toujours est il que l'intégrale de Shakespeare ne m'aiderait pas dans la circonstance actuelle et de toute façon je n'ai ni le temps ni les ressources pour entretenir un million de chimpanzés. J'envisage donc une méthode alternative.

Quinze minutes plus tard, mes collègues attirés par des bruits sourds dans le couloir me confisquent mon marteau et mon tournevis. L'un deux m'envoie un sourire narquois et décide avec générosité condescendante de m'enseigner comme utiliser la machine. Il presse un bouton puis, simultanément, en presse un second. Et là, l'eau coule. Je comprends le bonheur du voyageur perdu dans le désert qui finalement tombe au sol et se retrouver le nez dans une source.

La Mug se remplit, je touille tout ça allègrement et retourne à ma place satisfait. Je m'assieds à mon poste et prends une large gorgée.

Et je me souviens qu'au Japon, la température normale pour une boisson est de 143°C (ce qui nécessite tout un dispositif de surpression des locaux et des Starbucks Coffee afin de repousser l'ébulition de l'eau au delà de cette limite). Je recrache donc bien sûr tout instantanément ce dont le stagiaire assis en face de moi profite bien sûr, grâce à la beauté du concept d'Open Space.

Ce qu'il faut retenir de cette histoire est que si le Mug est en effet le signe ultime d'affirmation en entreprise, cela ne veut pas forcément dire qu'il ne faut pas envisager des accessoires supplémentaires si on veut aussi l'utiliser au Japon: une bonne glaciaire, des gants en amiante et suffisamment d'humilité pour demander à ses collègues plus versés dans l'ésotérisme de nous enseigner l'art occulte de ces gadgets alambiqués qu'on retrouve au Japon. Et si vous n'avez pas assez d'humilité et préférez récupérer un manuel d'utilisation, vous pouvez contribuer à mon projet bungalow en envoyant quelques bananes, vous recevrez le manuel d'ici un temps compris entre zéro et l'infini.
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