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Mercredi 3 mai 2006
Vous voilà donc au Japon pour la première fois. Les néons éblouissent un peu, tout le monde autour de vous est asiatique, vous n'avez encore rien vu qui vous semble spécialement comestible, mais les gens semblent charmants, vous avez un précieux guide du pays et avez établi un plan précis de tout ce que vous voir, et comment vous y rendre. Le précieux Railway Pass en poche, vous vous dîtes que tout va se dérouler parfaitement, que rien ne saurait nuire au plaisir que vous allez ressentir à visiter le pays. Aucune inquiétude. Le regard étrange que vous a lancé le contrôleur sur le quai ne vous a pas arrêté. Vous n'avez pas prêté attention au rire sec et froid qu'a lancé le conducteur du train en vous voyant vous engouffrer dans les entrailles du shinkansen.


Détrompez vous.
Tout cela n'est que le début.
Alors que vous prennez place à côté d'un papy qui mange son bento, que le sas du train se referme, vous ne vous doutez pas dans quel piège vous vous êtes fourré.


Je vais m'attarder sur un seul cas, clinique et paradigmatique de l'enfer des obstacles qui vont parsemer tout votre parcours. Vous allez croiser cet obstacle après avoir fini le thé froid que vous aurez acheté au vendeur itinérant des trains. Première erreur. Une première gorgée vous fait pondérer l'envie de boire contre la révolte de votre langue trempée dans ce breuvage. La soif prend le dessus, vous vous pincez le nez et ingurgitez le breuvage fétide. Quelques minutes plus tard, votre corps vous fait comprendre que tout cela c'est bien gentil, mais qu'exceptionnellement il a raccourci le parcours digestif et qu'il serait temps d'évacuer ce truc radioactif par les voies naturelles. Vous vous dirigez entre deux wagons pour trouver les toilettes. Et là vous êtes confronté à un choix. La pilule bleue ou la pilule rouge. Toilettes traditionnelles Nipponnes, où il faut être sorti du cirque de Pékin pour ne pas se retrouver à patauger dans la fosse, ou alors... ça:




Oh des toilettes verticales tout ce qu'il y a des plus honnête! Merveilleux!


Et c'est comme ça qu'une multiude de gaijins se sont enfoncés directement la tête la première vers le pays des merveilles.
En effet, c'était un faux choix.
Mais vous allez comprendre le machiavélisme de la chose au fur et à mesure. Comme un bon film d'horreur, le cauchermar se dévoile petit à petit, par petites touches, par des petits détails qui clochent et qui transforment un environnement familier en chaos dégoulinant.


Vous rentez donc dans le petit compartiment des toilettes, puis vous retournez pour fermer la serrure. Premier élement. Il n'y a pas de serrure. Pas grave, vous dîtes vous, de toute façon, les gens qui attendent peuvent voir que quelqu'un est dedans, avec cette petite fenêtre pratique. Deuxième élément inquiétant. Que fait cette petite fenêtre absolument pas opaque là, donnant directement sur le couloir principal? Peut-être pour pouvoir contrôler que tout va bien et que personne ne s'est évanoui la tête dans la cuvette. Vous ravalez votre envie d'intimité.


Alors que l'inconscient archaïque commence à tiquer, le cerveau de l'homo sapiens s'ennivre de rationalisation. On est en plein déni.


On se met donc face à la bête, on commence à se laisser aller mais, soudaintement, l'horreur prend tout sa dimension, elle vousa saute à la gorge. Les mots ne sauraient transcrire cela. Je vous enjoins donc à faire ce petit exercice pratique:


Exercice pratique
Munissez vous d'un ballon de basket et d'une planche de bois solide. Prennez un petit pot en verre, du type pot de confiture Bonne Maman. Le goût importe peu. Allez dans votre salon où la famille est réunie. Si vous vivez seul, allumez la télé. Posez le ballon de basket au sol. Posez le pot de confiture une trentaine de centimères plus loin. Posez la planche sur le ballon. Débraguettez. Montez sur la planche et là, en équilibre, avec le monde pour témoins, pissez acrobatiquement dans le pot de confiture. Le mot clé est acrobatiquement.

C'est donc à peu de choses près la sensation devant le pissoir du shinkansen. Il faut savoir que, contrairement à nos tgv nationaux, le shinkansen tremble et ballote sans complexes. En outre, ce que vous ne pouvez pas voir sur la photo, c'est que le sens dela marche est ici latéral. On n'urine pas face ou contre les accélérations. On fait cela en traversal. Bien sûr le train ballote au maximum lorsqu'un gaijin est entré dans le piège numéro 1. La fermeture de la porte est signalée au contrôleur du train qui met alors en marche le système de vibrations du train. Après une très longue minute à lutter contre les accélérations et à mettre à mal son sens de l'équilibre, on referme la braguette, essuie un peu le pantalon et sort en titubant des toilettes. Vous surprennez un des contrôleurs qui cache précipitamment dans son sac une caméra vidéo hitachi. Vous êtes trempé, humilié, vous sentez le poids du monde et le regard dégoûté des autres voyageurs. Et vous n'arrivez pas à décider de ce qui est le pire: la sensation moite et sale du pantalon ou le fait que le contrôleur du train va se faire 10.000 yens au Video Gag local avec vos exploits à vous.


Vous vous enfoncez dans le fauteuil, fermez les yeux et priez pour que la fin du voyage arrive vite.


Mais tout cela ne fait malheureusement que commencer...
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