
Poursuivons notre quête de la compréhension de la culture Nipponne au travers d'un exemple paradigmatique. Pour continuer dans la thématique
talento et
terebi,
Razor Ramon est un excellent exemple du concept télé fast-food. Avant de continuer, je voudrais préciser que, comme le faisait remarquer Ludo, son nom pourrait être Leather Ramon. L'ambiguïté en question est due à l'alphabet phonétique Japonais qui ne permet pas de distinguer les deux écritures. Mais c'est anecdotique. Appelons le Ramon pour plus de simplicité.
Présentons d'abord le personnage. Alors que vous êtes occupé à tuer le temps en zappant de chaîne en chaîne, assis sous votre
kotatsu à grignoter des
jagarico, vous voyez un personnage tout vêtu de cuir qui déboule sur un plateau et pousse un long "Fuuuuuu" suraïgu. Il s'approche d'un autre invité et commence à remuer le pelvis à la façon d'un Elvis cocaïnomane.
Voilà, c'est ça. C'est tout.
C'est un
owarai typique dont le travail télévisuel consiste en deux parties. La première est de réaliser des mini-sketchs tournés de façon très amateur dans la rue. Donc vous pourrez voir successivement voir notre ami Ramon faire sa technique signature pelvique sur une grand mère, un couple de gaijins et enfin un hélicoptère. Il finit toujours en écartant les bras et en poussant son "Fuuuuu", deuxième signature. La seconde partie de son travail consiste à aller sur des plateaux de variété, regarder des reportages avec les autres et pousser un "Fuuuu" de temps en temps, avec spasmes pelviques en prime.
Notez l'emploi du terme "signature". Car c'est bien de cela qu'il s'agit. On est dans l'ère de la saturation de l'information, tout va trop vite et avec trop de couleurs, surtout dans nos petits écrans. Il faut donc des éléments répétitifs pas trop complexes qui s'adaptent à nos temps d'attention infinitésimaux. Il faut une accroche, quelque chose d'immédiatement identifiable et qui sera reproduit par les gens autour. On parle là de guerre bactériologique,
la contamination virale de l'information.
Le public cannibale va absorber le
talento, s'en nourrir, le dépecer et ensuite le jeter aux ordures après que le dieu audimat ait été satisfait. Qui se souvient encore de dandy, le
talento dont la signature était le "Get!" en montrant des deux mains, comme s'il tenait des pistolets? La dernière fois que je l'ai vu, il animait une émission avec des enfants où il faisait quelques expériences pseudo-scientifiques et, à la fin, invariablement, lançait un "Get!". Pathétique. On a presque de la pitié pour lui. Comme un vieux chewing-gum, il a été mâché puis craché quand il n'a plus eu de goût.
Combien de temps tiendra Ramon? Guère plus de quelques mois avant que ses épilepsies du bas ventre ne disparaissent de la mémoire à très court terme de la télé Nipponne. Il paraîtrait d'ailleurs qu'il commencerait à avoir des problèmes avec ses mucles du bas du dos, à force d'essayer d'imiter le King sous crack. Mais peut-être que ça vaut le coup, ne serait-ce que pour battre les 15 minutes syndicales warholiennes sous la chaleur des spots.
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