Depuis le 11 Mai 2007, je suis passé
fois sur mon blog pour me donner l'illusion que j'avais des lecteurs.
Le Foie gras.
Les tranches sont délicatement découpées, savamment organisées dans l'assiette, avec peut-être une petite sauce légère qui rehausse le tout. C'est un Français en exil au pays du sushi qui vous parle, en train de saliver abondamment sur le clavier de son portable, manquant de s'électrocuter.
Vous admettrez que la présentation est importante mais que, ma foi vous ne voulez pas forcément être temoin du long processus dont le foie gras est le résultat final. C'est ce qui est fascinant avec la Langue. On utilise le mot “foie gras” sans vraiment réfléchir et se dire “mais, au fait, c'est un foiiie!!! et graaas en plus!”. Est-ce que connaître tous les details de la vie et de la mort du canard qui a fait don de son corps pour les progres de la science culinaire vous aiderait-il dans l'appreciation de ce plat? J'en doute. Je dirais que c'est même contre productif.
Passez deux mois avec le petit canard adipeux qui gambade gaiement en sortant un couac enthousiaste en vous voyant ou vous pince affectueusement les fesses. Puis ensuite assistez à son abattage sans remords par une paysanne avec des bras comme les cuisses de Yusuke, le sumo défoncé aux amphétamines. L'oeil pragmatique, elle attrappe notre petit canard préferé, fait un double noeud avec son cou et *couic* fait le canard. Elle prend ensuite une machette pour se tailler une autoroute dans la jungle et s'empresse de lui faire une coupe chirurgicale. En deux. Et voila que ca gicle partout mais ca ne l'empêche pas de trifouiller dans les entrailles encore chaudes et d'en extraire le foie pathologiquement surdéveloppé, dans un bruit de succion, sans oublier quelques giclées de sang encore, pour la route. Pas de quoi troubler notre pragmatique paysanne qui met les autres restes dans un sac, restes qui seront mélangés à de la sciure de bois, un peu de ciment et une pointe de bouse de vaches avant d'être envoyes au MacDonald's local.
S'ensuit un long processus qui va permettre de rendre le foie présentable, puis de le cuisiner de façon adéquate avant qu'il n'arrive dans votre assiette, irréprochable.
Il se trouve que je ne voulais pas specialement vous parler de nourriture. Ce qui pourrait paraître être une étrange digression qui n'aurait aucun rapport avec le schmilblik est en fait une introduction, une mise en appétit si vous voulez. Car je voulais en fait parler de naissance.
Petit a parte, voici l'une des raisons pour lesquelles je n'ai pas eu beaucoup de temps à moi ces derniers mois: je vis avec un petit estomac sur pattes qui réclame ardemment de l'affection. L'instinct étant ce qu'il est, on lui en donne au détriment de toute vie sociale et de sommeil. Surtout de sommeil d'ailleurs.
Mais quel est le rapport me direz vous?
Simple. L'argument est le suivant:
(c'est dans ce genre de moments que j'aimerais voir la tête degoutee des aventuriers du hasard que sont les lecteurs quand ils réalisent de quel mauvais gout je peux faire preuve)
A ma décharge, c'était sur l'insistance de ma femme, non mea culpa en l'occurence. Mais il est vrai que je n'ai pas specialement insisté. Après tout, j'ai toujours mieux à faire que voir ma femme hurler alors qu'une secte en vêtement blancs s'agite autour en criant et en brandissant des instruments coupants. J'ai donc pu finalement en profiter seulement une fois que la naissance etait terminée, que l'enfant etait lavé et pesé. Une infirmiàre me l'amena donc, enrobé d'une belle serviette immaculee. Le bebe, pas l'infirmiere, pour ceux qui ne suivent pqs. C'était tellement bien fait que je me suis surpris à regarder s'ils ne lui auraient pas mis du persil dans les oreilles ou une pomme dans la bouche. Bien sûr, les Japonais sont sentimentaux, ils ont donc proposé de m'offir le cordon bilical. J'ai refuse vu que je n'ai ni chien ni chat a la maison, ce serait gâcher.
Mais tout cela ne s'est pas passé totalement sans accrocs.
Flashback.
Les infirmieres qui insistent toujours violemment pour que le mari soit présent lors de l'accouchement se sont vengées en me calant dans le couloir. Trouvant une petite chaise pliante, je me suis assis et ai ouvert un livre. Naïf que j'etais, je croyais que je serais au moins relativement au calme. En fait non. Malgre les apparences dans ce petit couloir a la lumiere crue, j'étais en plein milieu de l'abattoir, une version Nipponne de l'antichambre d'Abu Ghraib. Car derrière les rideaux en plein milieu du couloir étaient couchées d'autres femmes qui attendaient leur tour pour l'accouchement dans une ferveur toute stakhanoviste.
Conseil: amenez des boules quies.
A un mètre de mois, derrière ce rideau qui me laissait seul avec mon horrible imagination graphique, une femme hurlait des itaiiiii (aiiiiie) et des tasuketeeee (a l'aide) avec une intensité sonore qui rendrait humble Lara Fabian. Elle s'arrêtait seulement pour vomir avec emphase. Je pense avoir relu la même page une trentaine de fois. Puis elle passait dans la salle avec les monsieurs en blanc. Elle en ressortait trois heures plus tard, titubante. J'ai eu droit a plusieurs variantes de cela, a croire que les bébés font comme la marée et sortent plus volontiers a la pleine Lune. Sauf bien sur le mien qui avait décidé de me taquiner encore plus et de me laisser poireauter deux jours dans ce couloir.
Ce fut donc après ces deux longues journees ereintantes et un livre termiée sans que je n'en comprenne l'histoire que j'ai pu avoir mon bébé qui se contente pour l'instant de “arheu” mais a deja l'instinct de la negotiation en faisant sa propre version de “petrole contre nourriture” avec une approche “sourires contre lait”. C'est moins bon à ,anger que du foie gras mais ça a de bons côtés.
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