Hop hop hop

Depuis le 11 Mai 2007, je suis passé

fois sur mon blog pour me donner l'illusion que j'avais des lecteurs.

 

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Jeudi 25 mai 2006
Après maintenant quelques années au Japon, j'ai commencé à m'habituer. Je ne vois plus tous ces néons crus. Je ne remarque plus les maquillages lourds et les tenues aguicheuses de la jeunesse Shibuyesque. Je commence même à apprécier leur télévision. On pourrait légitimement s'inquiéter de l'état de ma santé mentale. Mais il ne faut pas sous-estimer les Nippons, ils réussissent quand même à encore me surprendre.


Pour preuve, la photo suivante:


Pardonnez la piètre qualité de l'image. Je l'ai prise en désequilibre dans le train, en essayant de faire vite, afin de ne pas trop inquiéter mes voisins soupçonneux, le tout avec mon fidèle keitai. Pas les conditions optimales. Pour compenser, je me sens obligé de décrire rapidement la chose.


Un tube rosâtre dans lequel plusieurs boules aux contours peu définis semblent se mouvoir. Au début de ce tube, des petites boules aux angles aigûs et sévères. Heureusement une petite marmotte veille au grain. Elle arrose la vilaine petite boule épineuse qui devient donc toute molle. Elle continue sa trajectoire à un rythme léger jusqu'à un rétrecissement de la voie. Heureusement, voilà une autre petite marmotte qui veille au grain et va modeler la boule arrosée par l'autre marmotte susmentionnée. La petite boule bien pétrie glisse lentement et tranquillement vers la sortie. C'est à dire l'anus. Car pour le lecteur mal réveillé, il s'agit là d'une représentation schématique d'un intestin. Mes cours des biologie sont loin, je ne saurais désigner à coup sûr l'intestin grêle du gros intestin. Cependant, une petite voix insidieuse murmure à mon oreille que je pourrais parier que les marmottes n'ont rien à voir avec la digestion humaine.


A 3h20 d'un jeudi matin, dans un bureau d'une des hautes tours de Shinjuku, un créatif publicitaire planche sur son projet. Vendre un produit simple, efficace mais pourtant indispensable dans une société un peu "anal retentive" comme diraient les anglo-saxons. Un laxatif. Appelé Colac. Quelques crayons cassés sur sa table, des feuilles par terre. Sur la table derrière lui, une dizaine de boissons énergétiques et une bouteille de vodka, où seul un fond reste. Il ne se souvient plus de la dernière fois où il a dormi. Il se souvient juste du regard de son patron lorsqu'il s'est vu confier ce projet. Il casse un autre crayon, s'affale sur le sofa couleur aluminium derrière lui. La fatigue. Il tend la main avec paresse vers le petit miroir sur la table. Il inspire un grand coup. L'énergie revient. Il s'emballe.


C'est la dernière chose dont il se souvient. Il se réveille le lendemain, habillé en pingouin, dans un café irlandais de roppongi. Le mal de crâne. Il rentre chez lui par le train, annihilé par la douleur dans ses tempes, ne faisant même pas attention à la petite vieille dont il écrase les pieds avec ses palmes. La porte de chez lui est entrouverte. Les murs sont couverts de dessins étranges faits avec ses pastels. L'auteur, apparemment à court de crayon à un moment a fini le mur de la cuisine avec du vernis à ongle.  Il fait un café, en poussant un long soupir. Une bonne pastille d'aspirine. Il se pose sur son tabouret. Masse ses tempes. Et ses yeux viennent tomber sur le dessin sur la table. Il repousse la plaque violette de chocolat posée à côté et étale le dessin sur la table pour mieux le voir.


Il n'ose imaginer dans quel puits obscur de fantastique perversion il est allé puiser ça. Des résurgences de sources souterraines, des courants trop obscurs et obscènes pour être montrés explicitement à la conscience. Mais, manifestement, ça a bouilloné sévère. Sur le dessin, un étrange schéma d'intestin où des milliers de petites marmottes massent des petites crottes pour les rendre toute douces et faciliter leur acheminement vers l'extérieur. Une sorte de fantasme obscur, anal et zoophile, une ronde obscène. C'est génial. Il rajoute des petites couleurs roses. Une photo de marmotte. Et hop, voilà un projet bouclé.


Et voilà comment on se retrouve avec des publicités bizarres dans le métro. Cependant, je dois reconnaître que j'aime beaucoup cette publicité. Elle est d'abord suffisamment bizarre pour être attirante. Mais elle est aussi esthétiquement réussie. On y voit en effet une uniformité des couleurs, et non pas ce vomis baroque et épileptique des habituelles publicités. Très joli. Pas de quoi cependant en prendre une photo, semblaient penser mes copassagers.


Oh, petit addendum. Ce ne sont pas des marmottes, il semblerait. Ce serait des loutres. Ce qui se dit "rakko" en japonais. Quel transformation phonétique morbide a bouilloné hors des neurones saturés des créatifs de Shinjuku pour faire l'association entre rakko et Colac? Et faut il voir un rapport avec Colique? Cela restera malheureusement un mystère. Et pourquoi j'étais si manfiestement persuadé avoir à faire à des marmottes?
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Jeudi 11 mai 2006
Mise en bouche
Imaginez une jolie sculpture d'art moderne, tout en plastique, quelque chose d'élégant, audacieux mais un peu froid, avec des lignes épurées, bicolore. Une trentaine de centimètres au maximum.


Imaginez un petit vieux. La peau cuivrée par le soleil, les yeux plissés, un peu bourru mais un bon fond, une fois qu'on a creusé à travers la crasse et les autres contractures psycho-rigides.


Appelez deux de vos copains Bosozoku, ces fous furieux japs qui essaient de décrasser leur inexistence triste à coup de pilules et de frissons motorisés. Plaquez le petit vieux contre un mur pendant que Bosozoku A fouille dans la poche sale de sa veste de cuir élimé et en tire un vieux chiffon utilisé pour essuyer le carburateur de sa bécane. Il en fait une boule et l'enfonce avec enthousiasme dans la bouche du petit vieux. Ricanez pendant que Bosozoku B donne quelques coups de bottes de moto dans l'estomac du petit vieux. Retirez son t-shirt. Plaquez le au sol, face contre terre. La sculpture sur son dos. Sortez l'agrafeuse. La grosse, pour attacher les gros blocs de feuilles au bureau, avec son coloris bleu un peu passé.  Agraffez la sculpture sur le dos. Ficelez le specimen pour qu'il ne bouge pas trop et recouvrez le tout d'un drap immaculé.


Attendez ensuite. Quelques heures devraient suffire mais, pour être sûr, il est conseillé de patientez environ 48 heures.


Découvrez.


Notez la façon dont trône de façon totalement intrusive la sculpture post-moderne, comme elle contraste avec le petit vieux bourru. Mais remarquez surtout la transition, là où la chair est déformée par l'infection, les teintes violacées, verdâtres. Ce choc, ce rejet violent de quelque chose d'obscènement intrusif. Bon appétit.


Roppongi by Night
Nous voici à la périphérie de Roppongi. Sur la droite s'étend Roppongi Hills, hymne moderne et froid, artificiel et consumériste, ilôt totalement étranger à ce pays. Une concentration de capitaux étrangers, de cadres étrangers, de gens pressés, de grosses voitures et de gaijins qui seraient incapables d'aligner plus de deux mots en Japonais. Des tours gigantesques, un centre commercial de grand luxe. Le pénis dressé du capitalisme dans sa splendeur décadente. Derrière nous, la veine saillante et polluée de l'autoroute qui amène une dimension sale et glauque à l'artère qui se présente en face de nous. Elle constitue la transition, le choc purulent entre deux civilisations qui s'auto détruisent en ue gigantesque réponse immunitaire morbide.


Alors que dans le fond se dresse la tour de Tokyo, copie de notre Tour Eiffel mais peinte aux couleur de Coca, on ouvre son chemin dans la jungle polluée des trottoirs du quartier. On jette à peine un regard bref aux deux trois salarymen Japonais égarés, on trace à travers le groupe de militaires GI en train de beugler en recherche d'un autre bar. On trace son chemin. On est assailli de toute part par des grands Blacks qui proposent d'aller dans un de leurs coupe-gorges glauques, avec trois filles de l'est aux regards vides et une bande de videurs prêts à vous casser les bras si vous ne crachez pas tous les yens que vous avez sur vous. Réflexe. On ne les regarde pas. On avance. On leur répond pas. On avance. On ne leur serre surtout pas la main. On trace, on ne s'arrête pas.


Une entrée sur le côté gauche, on se faufile dedans, histoire de faire une pause. On descend quelques marches et est assailli par la basse puissante de la sono. La musique du 911 est un pot pourri de MTV, le cheeseburger gras et dégoulinant de la musique. A l'intérieur une horde de gaijins. Et, entre les gaijins, des mangeuses de gaijins.


Mangeuse de gaijin
Définition: Une Asiatique (souvent Japonaise, mais pas exclusivement, dans le mic mac sordide de Roppongi) d'une vingtaine d'années, donc le but est de dégotter un copain étranger.
Signes caractéristiques: elle parle Anglais parfaitement, trop même. On grince des dents à son lourd accent américain. Elle ne peut s'empêcher de sortir les expressions à la mode de la sous-culture télévisuelle. Une sorte de parodie de la white trash américaine.
Commentaires: La mangeuse de Gaijin est une veuve noire, une arachnide au sang glacé qui veut sa dose de gaijin. elle veut sa dose d'exotisme, elle veut être spéciale. Elle veut un copain étranger. Elle veut investir, pouvoir fuir sa vie traditionelle, fuir les copains Japonais froids et machos, même si c'est parfois pour tâter l'enthousiasme demeuré des GIs en rut. Peut être même une voie de sortie du pays. Mais avant tout un statut.


Les Mangeuses de Gaijin se trémoussent sur la piste encombrée, snobbant les ivrognes dont les buts sont trop évidents. Elles cherchent le gaijin, mais elles savent qu'elles peuvent se permettre de choisir. Et elles n'ont rien à gagner à se faire trousser sur les poubelles à 3h du matin dans une ruelle glauque de Roppongi. Elles prennent leur temps et tissent leurs toiles.


Scène du crime
Pendant ce temps, l'ambiance dégoûtant de bar à putes pendant la guerre du Vietnam contribue à faire déborder les humeurs primales de la bande de gaijins, déjà dopés à l'alcool et au gros son.


On ressort après avoir vite avalé une bière hors de prix. Un grand bol d'air vicié, toujours mieux que le cocktail déléthère de phéromones qui tournent en circuit fermé dans le club. On est tellement soulagé d'être dehors qu'on se retient de ne pas embrasser le grand Black en costume qui vient vous proposer son bar glaque à lui. L'instinct de survie fait qu'on se ressaisit vite et on redisparaît dans la foule. Plus loin, on bifurque sur la gauche et on s'essaie au Gaspanic.


La porte du sas s'ouvre sur un spectacle de débauche qui est devenu maintenant familier. Encore plus de mangeuses de gaijins et de gaijins avinés, le visage bouffi, les yeux torves. On pousse un gaijin qui s'effondre sur sa table, et on arrive à se faufiler jusqu'au comptoir. Un Japonais gaijinisé nous lance un regard pendant qu'il remplit avec maladresse une bière. Un nasillard "What do you wanna drink, mate?". Rictus. Il semblerait que ce soit caractéristique de vouloir prendre tous les plus mauvais côtés d'un culture quand on est intéressé par un pays, ou plutôt qu'on veut fuir le sien. On commande quelqus bières pour les copains. On reçoit bientôt quelques une de ces chopes en plastique, avec à l'intérieur une sorte de cocktail maison: moitié bière - moitié mousse. La bière étant probablement un mélange de tous les fonds de bouteille des soirées précédentes. On s'adosse au comptoir et toise la masse d'un regard pathibulaire. Sur le comptoir, des étrangères qui font du cosplay sont encouragés par les boeufs et par l'alcool à prendre des poses aguicheuses.  Des serveurs au regard mauvais tournent et vérifient que la chope n'est pas vide, condition nécessaire pour ne pas se faire virer de l'endroit. On jette quelques autres regards, pousse un peu deux trois gaijins dans l'espoir d'une petite baston qui détendrait.


Back to Reality
Mais rien. Juste un grand fleuve de pus, verdâtre et iridescent. On sort après la bière vite avalée. Un dernier regard sur l'artère dégoulinante de Roppongi. Les tours de Roppongi Hills dominent la scène de leur majesté fantômatique alors que le fleuve de gaijins ivres ne cesse de se déverser entre rabatteur et petites échoppes de yakuzas. On hausse les épaules et on retourne du côté Nippon de Tokyo. Là bas, au moins, il y a un bon fond.
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Dimanche 7 mai 2006


Un jour peut-être, dans quelques siècles, nos descendants exhumeront l'enseigne de ce petit café de Kyoto et se poseront la question "Qu'est ce que ça pouvait bien vouloir dire?".  S'ils avaient les technologies pour me contacter, m'envoyer un message du futur pour me poser la question, je leur répondrais d'un haussement d'épaule entre le perplexe et le desabusé. Maximum Zizi? Non, je ne  vois vraiment pas.


La beauté de l'absurde.
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